mardi 27 mai 2008

L'Auto Journal - Novembre 1967

La Fiat Dino Dino coupé 2l est au banc d'essai de l'Auto Journal dont l'éditorial signé J. Montbrun et qui titre "L'empreinte de Dieu" vaut le détour... :

"Jadis, il arrivait aux plus virils d'entre les dieux de quitter leur céleste domaine, et de descendre sur la Terre donner l'accolade à des mortelles au clair visage. De ces ébats mythologiques sur les vertes prairies d'asphodèles naissaient immanquablement des demi-dieux ou héros. Ces personnages mixtes n'étaient pas toujours irréprochables dans leur aspect ou leur comportement: n'importe, ils étaient héros quand même, comme on est archiduc ou roi d'Angleterre, ipso facto et de droit divin, par l'autorité des lois de Mendel sur la répartition des caractères chromosomiques.
Voilà pourquoi, indépendamment des ses défauts ou de ses qualités contingentes, la Dino est héroïque. Elle est d'une autre essence que les simples voitures mortelles parce que, si Fiat sa mère est de ce bas monde, Enzo Ferrari son père est dieu. Les dieux sont une projection de notre idéal, et Ferrari est idéal. La Lamborghini est un rêve d'opium, la Maserati accommode à l'italienne la robuste aristocratie de la mécanique anglaise, mais pour les myriades de simples croyants avides de prier, Ferrari seul est au Panthéon. Dix mille victoires Ford n'y changeront rien: un dieu déchu n'en reste pas moins dieu.
Ce fut un joli morceau de mythe, dont Gustave Moreau en son temps eut fait un sacré tableau. Leurs tubulures brandies en un "V" étincelant, douze trompettes formidables firent tonitruer dans la conque du ciel la musique des sphères, ce tonnerre philharmonique que les fanatiques enregistrent au magnétophone pendant les essais du Mans, pour l'écouter avant de s'endormir. Le feulement énorme s'entendait au loin sur la Terre, les hommes en étaient béats, les femmes se sentaient pénétrées d'une vibration forte et douce, terrible et délicieuse à la fois. Ferrari descendait sur le monde dans le triomphe de sa gloire, et les play-boys s'en tordaient les doigts. Au bout de son élan mystique, guidé comme au radar, le Commendatore alla se poser près des bureaux d'études Fiat, à Turin-Mirafiore. La bonne belle grosse robuste terrienne signorina Fiat avait tout juste terminé son plat de spaghetti, elle n'attendait que ça. Extasiée, elle ouvrit les bras. Ainsi fut conçue la Dino. (...)
Dans la Dino, le nom de Ferrari n'est écrit nulle part. Tant mieux. Il est écrit partout en caractères trop grands pour qu'on les aperçoive, trop lumineux pour qu'on n'en soit pas ébloui. Pas de "Cavallino Rampante"? Allons donc, il imprègne tout, il est dissous dans la texture du métal, dans la fibre des organes.(...)"

Le film de l'essai vaut aussi sont pesant de cacahuètes: la moyenne générale de l'essai est de 146,1 km/h sur 470 kms dont une partie sous la pluie et des nationales ...
La portion "Semur en Auxois - Fontainebleau" sur l'A6 a été parcourue en 52 min à 186,9 km/h de moyenne! Une autre époque ...